Discours de Frédéric Mitterrand prononcé à l’occasion des Rencontres photographiques d’Arles

 

Extrait :

” Je sais aussi combien certains d’entre vous sont sensibles au
problème posé par le développement des micro-stocks, et les conditions
de contrat que ceux-ci proposent à leurs fournisseurs d’images. Le sujet
est complexe, car évidemment il n’est pas purement national. Je me
propose de saisir dès l’automne le Conseil supérieur de la propriété
littéraire et artistique de la question de la cohérence entre les conditions de
diffusion offertes par les opérateurs concernés et les principes fixés par le
code de la propriété intellectuelle.”

Lire, ci dessous, l’intégralité du discours.

Mesdames et Messieurs,

C’est toujours pour moi un grand plaisir de vous retrouver à Arles autour de
la photographie et des magnifiques expositions organisées chaque années
par François Hébel, sous la présidence bienveillante, efficace et élégante
de Jean-Noel Jeanneney. Chaque année, les Rencontres nous étonnent
encore plus, par la richesse de leur programmation. Les Rencontres ont
cette capacité unique de saisir à la fois l’actualité de la photographie et la
diversité d’une création mondiale en effervescence.
Arles rejoint cette année les préoccupations d’un autre grand festival
photographique, je veux parler de VISA à Perpignan. En effet, l’actualité
des documents diffusés sur les réseaux internet, les évènements de
Tunisie que je suis avec une grande attention, la rétrospective de trente
ans de production photographique du New York Times Magazine, les
travaux du collectif Tendence Floue, les négatifs retrouvés de
l’exceptionnel trio Capa-Taro-Seymour, l’hommage à Roger Théron sont
autant d’indices de cette formidable contribution du photojournalisme à l’art
et à l’histoire.
Cette capacité à saisir l’actualité, on l’a retrouve dans la remarquable
installation qui vient illustrer aux Ateliers le foisonnement de la création
autour des images véhiculées sur la Toile. Aux questions que posent cette
révolution et cette extraordinaire liberté de créer, les acteurs de la
photographie que vous êtes ont une contribution majeure à apporter, pour
mieux définir les moyens de défendre les auteurs, d’éduquer aussi les
jeunes internautes à les respecter (« Civiliser internet », c’est aussi cela),
de mieux valoriser en retour les lieux et les manifestations qui montrent
des images réelles, des tirages, des oeuvres palpables, d’encourager enfin
les écoles de photographie à s’ouvrir à tous les métiers de la création. Je
ne peux d’ailleurs qu’encourager l’école nationale supérieure de la
photographie à renforcer le rôle essentiel qu’elle joue au coeur du projet
culturel arlésien, aux côtés de la Ville, des collectivités locales et bien
évidemment de Maja Hoffmann et de son formidable projet.
Je sais aussi combien cette année la préparation des Rencontres a été
rythmée par les évolutions de nos relations avec le Mexique. Aussi, je me
réjouis de la mobilisation que vous avez su créer pour maintenir dans la
programmation toute la place que mérite ce très grand pays de la création
photographique. Je tiens à saluer les partenaires qui vous ont ainsi apporté
leur concours en ce sens.
Il y a deux ans déjà, lorsque j’étais venu pour la première fois en tant que
ministre au Rencontres d’Arles, je vous avais fait part de mon souhait de
voir la photographie bénéficier d’une meilleure prise en compte au sein du
ministère de la Culture et de la Communication.
Depuis cette date, la mission de la photographie que j’ai créée au sein
de la direction générale des patrimoines a engagé de nombreux chantiers.
J’ai tenu en effet à ce que sur tous les sujets relatifs à la photographie, qu’il
s’agisse des aspects patrimoniaux, mais aussi de la création dans son
ensemble ou encore du photojournalisme, un interlocuteur unique puisse
être identifié, afin qu’il puisse travailler non seulement avec les services du
ministère et ses établissement publics, mais aussi avec l’ensemble des
professionnels concernés.
Sans vouloir être exhaustif, sur des sujets dont je connais pour vous
l’importance, voire parfois l’urgence, notre rencontre d’aujourd’hui est
l’occasion de faire le point sur quelques chantiers importants.
1. S’agissant de l’avenir des fonds photographiques, des institutions
comme la bibliothèque nationale ou le réseau des archives assurent de
longue date, pour certains d’entre eux, un rôle éminent en matière de
conservation. Pour autant, de nombreuses institutions publiques restent
mal repérées. Par ailleurs, nombreux sont les détenteurs de fonds privés
qui cherchent des solutions de reprise susceptibles de leur garantir une
bonne conservation et une meilleure valorisation. Plusieurs actions ont
donc été engagées dans ce sens.
Tout d’abord, la création, au sein de la Réunion des Musées Nationaux –
Grand Palais, du portail ARAGO, qui permettra, sur un site unique, de
donner un accès libre et direct à l’ensemble des collections
photographiques nationales dans un premier temps, et qui s’ouvrira, par la
suite, aux collections publiques et privées sur la base du volontariat. En
1839, Arago avait révélé devant les Académies des Sciences et des
Beaux-Arts réunies pour l’occasion, le procédé de Daguerre, et en avait
proposé l’acquisition par l’État, afin de l’offrir symboliquement au monde.
C’est dans cet esprit que le portail Arago se veut un véritable outil de
repérage et de suivi des fonds, adapté à la spécificité des oeuvres
proposées, indexées de manière homogène. Le portail, qui vous est
présenté ici-même, sera accessible en ligne en novembre.
Je vous propose de le découvrir et d’en apprécier quelques unes de ses
fonctions. (on lance la démo)
Le ministre peut alors demander à voir les Le Gray puis le travail de
Bernard Plossu ou Sophie Ristelhueber, ue information sur les fodns
d’Orsay, de s’interroger sur les moyens offerts aux détenteurs de les
signaler à la RMN etc.. La démo dure 6 à 8 minutes
J’ai également souhaité que mon ministère se donne les moyens de
répondre, de manière plus cohérente et adaptée, aux sollicitations des
détenteurs de fonds qui souhaitent transférer ces derniers à une collectivité
publique. Nous avons donc mis en place un groupe permanent
d’experts, dont les conseils et les avis peuvent être sollicités sur l’intérêt et
la nature du fonds proposés, leurs perspectives de conservation, les
possibilités envisageables de valorisation.
Par ailleurs, la politique d’enrichissement des collections nationales
se poursuit, notamment avec le Centre Pompidou. Je peux d’ors et déjà
annoncer l’acqusition, grace au mécénat de Yves Rocher, de la collection
de Christian Bouqueret, fonds exceptionnel de 6 000 photographies qui
couvre, principalement la période mythique de 1920 à 1940 avec de très
nombreux chefs d’oeuvres.
J’ai souhaité également proposer le lancement d’une exposition de
dimension nationale, qui est en cours de préparation entre les institutions
consacrées à la photographe tant en régions qu’en Ile de France et à
Paris. L’objectif sera de montrer la diversité et la richesses des fonds
souvent mal connus que renferment les collections publiques.
2. Je voudrais maintenant revenir sur un certain nombre d’actions que
nous avons mené pour renforcer la vitalité et la diversité de la création
photographique, ainsi que sa diffusion. Si certains photographes
trouvent maintenant leur place sur le marché de l’art, les réalités
économiques auxquelles se trouvent confrontés la plupart d’entre eux sont
en général lourdement affectées par la situation économique propre aux
secteurs de l’édition. Les modèles de diffusion offerts par internet restent
économiquement incertains. Il importe donc dans ce contexte, et là plus
qu’ailleurs, d’être particulièrement vigilants en ce qui concerne les
évolutions que connait le droit des auteurs, notamment sur internet. Pour
autant, je reste convaincu que les formes traditionnelles de diffusion de la
photographie perdureront : le succès des livres et des expositions de
photographie, le succès des Rencontres d’Arles bien sûr, viennent chaque
année confirmer cela. Dans l’immédiat, notre action s’est engagée autour
des points suivants :
· À Paris, l’installation à l’Hôtel de Nevers – donc à proximité
immédiate du quadrilatère Richelieu de la BnF – d’un espace d’environ 650
m2 utiles spécifiquement consacré à la photographie. Ce lieu aura pour
vocation d’accueillir les expositions historiques, qui ne trouvent pas
toujours dans la capitale de lieu adéquat au sein des institutions
nationales. Il pourra également offrir de manière régulière un panorama de
la jeune création contemporaine. La gestion de cette nouvelle espace sera
confiée au Jeu de Paume sous l’autorité de Marta Gili. Compte tenu des
délais nécessaires à la réalisation des travaux sur ce bâtiment, j’ai
demandé à ce que soit étudiée et mise en oeuvre une préfiguration au
Palais de Tokyo dès le début de l’année 2013. Les travaux seront engagés
dès cet hiver, pour une exposition dès l’année prochaine.
· D’ici à la fin de l’année, de nouveaux modes de commandes
publiques vont être expérimentés. Dans ce cadre, une attention
particulière sera portée aux partenariats entre les structures qui défendent
la photographie en France. La diffusion la plus large des oeuvres ainsi
produites ainsi que leurs conditions de conservation et de reproduction font
partie des priorités de cette relance des commandes. Le pilotage en est
confié au Centre National des Arts plastiques, à la direction gérélae de la
création et à la mission de la photographie en lien avec les professionnels,
photographes bien sûr, mais aussi les centres d’art en région, galeries,
etc…
· De plus, le fond spécifique relatif au photojournalisme,
également piloté par Centre National des Arts plastiques, sera opérationnel
dès cet automne.
· Je ne saurai oublier ici les engagements que j’avais pris ici même, il
y a un an, au sujet des oeuvres orphelines, de la reconnaissance du
droit des auteurs, et de l’abus d’usage de la mention “Droits réservés”
(D.R.). Une proposition de loi correspondante a fait l’objet d’un premier
examen au Sénat ; elle suis son parcours dans le cadre des procédures
législatives. J’ai parallèlement demandé à mes services d’engager un
processus de concertation – sur la base d’un projet de texte suivant les
principes du CPI – entre les différents acteurs concernés, les agences
photographiques et les éditeurs. Il importe en effet que l’utilisation d’une
photographie soit accompagnée du nom de son auteur ; dans le cas où
celui-ci n’est pas connu, cette situation doit faire l’objet d’un traitement
spécifique. Il convient aussi de tenir compte de la situation propres aux
détenteurs de fonds, publics ou privés, qui en assurent la charge ; ils
doivent en effet pouvoir en assurer la valorisation, y compris par la
numérisation, dans des conditions juridiques solides. Cette concertation se
poursuit. J’ai aussi proposé aux représentants des professionnels
concernés d’ouvrir une discussion sur les pratiques relatives à la signature
des photographies, afin de limiter le recours à la mention « D.R. ». Il nous
faut également engager dans les meilleurs délais, et avec l’ensemble des
opérateurs pertinents, une réflexion sur la mise en oeuvre des systèmes de
recherche propres aux photographies orphelines et de traçabilité des
images diffusées.
· Je sais aussi combien certains d’entre vous sont sensibles au
problème posé par le développement des micro-stocks, et les conditions
de contrat que ceux-ci proposent à leurs fournisseurs d’images. Le sujet
est complexe, car évidemment il n’est pas purement national. Je me
propose de saisir dès l’automne le Conseil supérieur de la propriété
littéraire et artistique de la question de la cohérence entre les conditions de
diffusion offertes par les opérateurs concernés et les principes fixés par le
code de la propriété intellectuelle.
3° J’en viens maintenant au développement du pôle arlésien, qui aura
mobilisé, de manière totalement justifiée d’ailleurs, les services de mon
ministère au cours de cette année.
Avec les rencontres photographiques et l’installation, il y a bientôt 30 ans,
de l’école nationale supérieure de la photographie, la ville d’Arles constitue
aujourd’hui un pôle majeur dont l’importance dépasse largement nos
frontières. Cet acquis remarquable va être prochainement renforcé par
l’installation, sur l’ancienne friche ferroviaire de la ZAC dite des Ateliers, de
la fondation LUMA, portée par Maja Hoffmann. Le projet de cette
fondation, qui a été conçu par l’architecte Frank Gehry, à proximité du site
sensible des Alyscamps, fait l’objet d’un suivi attentif de la part des
services en charge de la protection du patrimoine. À la suite de l’avis rendu
par la commission supérieure des monuments historiques, un processus
de concertation entre les différents acteurs a été proposé par le directeur
général des patrimoines. Une fois dotés de la vision d’ensemble, nous
pourrons faire en sorte que les procédures administratives nécessaires
puissent être lancées dans les délais les plus courts.
L’école nationale supérieure de la photographie, enfin, doit pouvoir se
redéployer, au vu de son développement actuel – je pense au passage au
LMD, à la nécessité désormais de maîtriser les différentes formes de
production et de traitement de l’image, argentiques comme numériques,
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aux partenariats avec les universités françaises et étrangères, à la
formation professionnelle permanente. Ce nouvel équipement incluera la
réalisation du centre de conservation que j’avais proposé il y a deux ans,
donnant aux étudiants l’accès à des fonds d’auteurs qui constitueront la
matière de leur étude et de leurs recherches – à l’instar des institutions
américaines équivalentes. L’ensemble des besoins identifiés en terme de
surface utile correspond à environ 5000 m2.
Dès que son implantation en aura été définitivement fixée sur la ZAC des
Ateliers, en étroite concertation avec la Ville de Arles et la fondation Luma,
je souhaite que le concours d’architecture soit lancé, si possible, dès cet
automne, conformément au calendrier prévu, pour une entrée dans les
locaux à la rentrée 2015.
Qu’il s’agisse de l’avenir des fonds photographiques, du soutien à la
création et à la diffusion, ou encore du développement de ce formidable
pôle d’attraction qu’est devenu Arles pour la photographie, j’espère que
l’ensemble de ces mesures permettront accompagner comme il le mérite
un art plus que jamais florissant.
Enfin, deux chiffres qui illustrent ma volonté d’accompagner l’histoire et les
mutations de la photographie : en 2011 le budget global des moyens
consacrés à la photographie par le ministère de la culture et de la
communication est de 9,5 M€. Il sera de 10 M€ en 2012.
Je tiens enfin à saluer une fois encore l’énergie de tous les acteurs de
cette aventure de longue haleine qu’est le vaste et ambitieux projet culturel
arlésien.

Sachez que le ministre de la culture et de la communication est à vos
côtés chère Maya Hoffmann, cher Michel Vauzelle, cher Hervé Schiavetti.
Sachez qu’il ne ménagera pas ses efforts pour mener ce projet à bien.
Je serai, avec mon cabinet, la mission de la photographie et les directions
du ministère, toujours prêt à accompagner et faciliter le succès les projets
conjugués des présidents Patrick de Carolis et Jean-Nöël Jeanneney, de
leurs directeurs, Rémy Fenzi et François Hebel et tous ceux qui aux cotés
de Maya Hoffmann et de Franck Gehry, se sont engagés dans un pari
assez rare : conjuguer en un même site, la transmission, l’éducation aux
images, la mise en valeur du patrimoine et la contribution vivante des
archives à la création contemporaine.

Je vous remercie”

Source: Site du Ministère de la Culture et de la Comunication

Samedi 09 juillet 2011. Arles