Le droit de réponse du SNJ déforme mes propos. Dans le communiqué de PAJ intitulé LA SITUATION DES PHOTOGRAPHES ET DES AGENCES S’AGGRAVE, je n’ai pas cité d’ « accord » concernant le consternant barème de pige minimum évoqué. J’ai posé la question suivante : « Quelle a été la stratégie de l’intersyndicale pour en arriver là ? ». Une stratégie n’est pas un accord. Je sais encore choisir la portée de mes propos.

Je n’ai pas écris non plus que le SNJ « encourageait les rédacteurs à faire en plus de leur travail, celui des photographes ». J’ai écris qu’il « est de plus en plus fréquemment demandé à ces rédacteurs salariés de réaliser les photographies et les vidéos que leurs employeurs ne trouvent pas dans le flux des grandes agences auxquelles ils sont abonnés ». Demande émanant nécessairement des employeurs car jusqu’à nouvel ordre ce n’est pas le SNJ qui distribue le travail dans les rédactions.

Que fait le SNJ pour s’opposer à cette révolution souhaitée et imposée par les éditeurs de presse? Les formations photo, vidéo et montage prodiguées aux rédacteurs se multiplient… avec des conséquences constatées et prévisibles pour les photographes…

Cette commission mixte paritaire destinée à négocier le barème de pige des photographes, l’intersyndicale SNJ en a bel et bien fait la demande dès l’été 2014 lors d’une réunion avec la DGMIC à laquelle j’étais présent et je la pensais acquise. Mea culpa, je surestimais (encore un peu) la stratégie de l’intersyndicale SNJ. La Direction Générale du Travail (DGT) n’a pas répondu à sa demande. Il aurait donc été courageux de la part du SNJ dans son droit de réponse de préciser que la commission mixte paritaire à laquelle je fais référence n’existe « malheureusement » pas.

Mais l’intersyndicale SNJ tente bel et bien de négocier (à la hausse cela va de soi…) ce barème, je ne vois pas d’ailleurs pourquoi elle s’en défend, c’est après tout son rôle. En l’absence de la commission mixte paritaire réclamée, des échanges de courriers sur le projet de barème de pige minimum des photographes ont eu lieu entre l’intersyndicale et la DGMIC pendant plus d’un an.

Une réunion entre tous les acteurs s’est tenue le 29 septembre dernier, réunion au cours de laquelle l’intersyndicale SNJ a fait part de son contre projet de barème de pige minimum à la DGMIC et aux éditeurs de presse. Ces derniers ont eu évidemment beau jeu de dire qu’ils découvraient en séance ce contre projet et y répondraient en temps voulu … Nous en sommes là et donc bel et bien sous la menace d’un décret fixant le barème de pige minimum que PAJ dénonce comme toute la profession.

La stratégie de l’intersyndicale SNJ qui consiste à faire cavalier seul en boycottant la signature du Code de bonnes pratiques – lequel a le mérite d’instaurer le seul canal de négociation permanente avec les éditeurs de presse sans avoir besoin d’obtenir l’accord d’un quelconque ministère – vient donc d’essuyer un échec qui rejaillit sur toute la profession.

Il est temps pour le SNJ de sortir de la logique « salariés-patronat » en ce qui concerne les photographes. Elle n’a jamais pu, ni su empêcher que le paiement des commandes photographiques en droit d’auteur pour les pigistes, immensément majoritaires, s’intensifie année après année, en flagrante violation d’une loi (Cressard) existant pourtant depuis 41 ans !

Après 41 années écoulées pour un tel résultat, oser dire qu’au bout d’un an d’existence le Code de bonnes pratiques et son Comité de suivi n’ont servi « absolument à rien » est pathétique. Ce qui serait « courageux » serait que le SNJ reconnaisse l’échec de sa stratégie et sa responsabilité dans la situation actuelle.

Nous convions donc sans rancune l’intersyndicale SNJ à rejoindre le Comité de suivi du Code de bonnes pratiques, à unir ses forces à celles des syndicats d’agence de presse (SAPHIR, FNAPPI), des agences d’illustration (SNAPIG) et de PAJ (cette dernière n’étant pas la seule organisation de la profession à avoir signé le Code comme l’affirme faussement le SNJ). D’y amener l’UPP, organisme auprès duquel il est influent, afin que, tous ensemble, nous puissions faire poids face aux éditeurs de presse et à un État qui peine manifestement à faire respecter les lois de la République.

Thierry Secretan

Photographe, président de PAJ.