Réponse et analyse du vice-président du Jeu de Paume à la note de synthèse de PAJ

“À PROPOS DE LA NOTE « PAJ »

SUR L’ÉTAT DE LA PHOTOGRAPHIE EN FRANCE

 

La création récente de l’association PAJ venant s’ajouter aux organisations professionnelles existantes, UPP et SNADI traduit, s’il était encore besoin de le souligner, le désarroi des professionnels photographes. L’analyse de la situation produite par le PAJ est pertinente, peut être trop vécue par des auteurs qui exercent un photojournalisme au sens large et laissant un peu de côté nombre d’auteurs qui n’ont pas de case bien mieux définie pour ranger leur activité que la personnalité de leur création. Choisir d’annoncer sa renommée internationale n’implique pas l’expérience nécessaire pour embrasser l’ensemble des paramètres qui régissent la création photographique. Cette renommée utile pour atteindre les plus hautes sommités de l’état ne suffit pas à proposer des solutions utiles à l’ensemble de la profession.

SOLUTIONS

Je ne m’étendrais pas sur l’analyse pertinente de la « situation du marché » faites par PAJ.

Je voudrais apporter une autre réflexion concernant les solutions proposées par PAJ.

1 – LE STATUT PROFESSIONNEL

Il serait fondamental de réfléchir à un statut du photographe professionnel qui ne mette pas en concurrence des journalistes assimilés à des salariés, tant par leur régime social que fiscal et des auteurs « bénéficiant » d’un régime social bancal laissant à leur charge les mêmes cotisations que celles du régime général mais permettant à leur diffuseurs de bénéficier d’une cotisation « patronale » de seulement 1,2%. Ces mêmes auteurs étant par ailleurs considérés comme des professions libérales par l’administration fiscale.

Il convient donc de revoir l’harmonisation de quatre codes législatifs pour cette profession aux abois, le code de la Sécurité Sociale, le Code des Impôts, le Code du Travail et bien entendu le Code de la Propriété Intellectuelle.

Seul ce travail permettra de résoudre les inégalités qui pèsent sur la profession. La révision des conditions d’attribution de la Carte de Presse, comme incidemment le statut d’agence de presse souvent encore attribué à des entreprises dont l’activité n’a plus grand chose à voir avec la presse, toutes ces questions seront pendantes à la définition d’un statut adapté.

2 – LA PRODUCTION

Ni la presse ni l’édition ne produisent plus, au sens économique du terme, les photographies dont on se plait à contempler notre patrimoine d’une époque révolue.

La reconnaissance de la Photographie comme un moyen d’expression artistique et l’immersion que lui impose ce dictateur d’un nouveau genre, le fameux marché, imposera aussi de se poser la question essentielle de la concurrence appliquée à notre médium. La raréfaction des commandes qu’elles soient publiques ou privées et la mise en concurrence basée presque exclusivement sur la « moins-disance » économique imposeront une réflexion sur les règles des marchés appliquées à des créateurs.

Ne pourrait-on pas imaginer une législation, comme celle qui nous a donné le prix unique du livre, établissant des règles d’un revenu minimum lié à la création et à sa diffusion ?

Les institutions culturelles ont, depuis de longues années, privilégié la diffusion, l’exposition d’œuvres existantes, sans participer à la production.

Sans production au sens le plus large notre patrimoine ne peut s’accroître. Compter sur l’auto production par des auteurs tributaires d’une économie numérique gourmande ne peut que donner l’essor à des recherches « pictorialistes » pour ne pas dire nombrilistes et abandonner le rôle essentiel de la Photographie, rendre compte du Monde et de l’époque au travers du regard des auteurs.

3 – LA MISSION POUR LA PHOTOGRAPHIE

Créée récemment la Mission pour la Photographie devrait être la structure pensante au sein du Ministère de la Culture, se donnant les moyens de collaborer avec les autres Ministères (Bercy, travail et Affaires Sociales) pour harmoniser un statut professionnel qui n’a jamais été pensé depuis 1851…

Je ne crois pas à la nouvelle taxe miracle qui serait productrice. Mais c’est le rôle de cette Mission d’inciter l’ensemble des collectivités publiques et privées à jouer leur rôle dans la production de fonds documentant la société. C’est aussi le rôle de la Mission de veiller à la pérennité des structures de diffusion dans le respect des règles des quatre codes, ce qui signifie dans le respect des auteurs.

4 – VITRINES…

Ressusciter le CNP quand la Mission devrait être ce qu’elle n’a pas encore réussi à devenir, n’apportera rien de nouveau. La fusion du CNP et de Patrimoine Photographique dans le Jeu de Paume a permis de créer un bel outil. IL est maintenant temps de revoir son cahier des charges pour qu’il se consacre à la promotion de la photographie, notamment française (…), sous tous ses aspects incluant le journalisme et le document. L’art contemporain a ses propres vitrines mieux adaptées.
Une des missions essentielles de Patrimoine Photographique était la préservation, la conservation et la diffusion (pendant la durée de protection légale) de fonds photographiques risquant de disparaître. L’association de la Médiathèque du Patrimoine et de l’agence photographique de la RMN dot pouvoir pourvoir à cette mission en transformant le nouveau « portail ARAGO » en outil de consultation et de commande en ligne !

Fait à Paris, le 10 avril 2013

Gilles Walusinski, photographe

vice-président du Jeu de Paume

gilles.walusinski@free.fr”

Note de synthèse sur l’état de la photographie en France.

Thierry Secretan, secrétaire général de PAJ

. Mars 2013.

L’association PAJ (Photographes, Auteurs, Journalistes) http://www.paj-photographe-auteur-journaliste.org  a été créée en 2011 par des photographes de renom international et compte aujourd’hui une soixantaine de membres dont la moyenne d’âge est de trente ans. Mario Fourmy, président de cette association, et Thierry Secretan, son secrétaire général, accompagnés des juristes qui les conseillent, ont rencontrés depuis la création de PAJ les instances dirigeantes des syndicats d’éditeurs de presse, d’organisations de photographes professionnels, de la Hadopi, de la DGMIC, des directeurs de publications, des conseillers techniques pour le numérique à Bercy, Matignon ainsi qu’au ministère de la culture au sein duquel ils sont en relation régulière avec le chef de la mission pour la photographie. Le colloque organisé par PAJ, «Révolution numérique, Droit et solutions pour la photographie », s’est tenu le 14 novembre 2012 au palais du Luxembourg, sous le parrainage de Mme la sénatrice Marie-Christine Blandin et avec le soutien financier de la DRAC Île-de-France. Le bureau de l’association, certains de ses membres et des juristes ont communiqué le résultat des recherches menées ces deux dernières années. Les actes du colloque ont été publiés début 2013. Ce colloque a permis d’identifier les principaux hiatus législatifs, administratifs et sociaux qui pénalisent la profession face à la mutation rapide du marché, comment les réformer et envisager quelques solutions pour relancer la production photographique aujourd’hui exsangue dans notre pays.

PAJ a été auditionnée sur ces questions en octobre 2012 par la mission Lescure, en février 2013 par le CSPLA sur la question des microstocks et par le député Michel Francaix, rapporteur pour avis à l’Assemblée nationale sur la loi de finances 2013, puis une seconde fois par la mission Lescure.

La note de synthèse qui suit présente l’analyse que PAJ fait de la situation puis les solutions qu’elle prône pour y remédier.

La situation du marché.

Souveraineté

. En France, la diversité de nos sources d’information s’est extraordinairement amoindrie ces dix dernières années du fait de l’effondrement de notre production photographique, maillon faible de la chaîne, au profit des canaux d’information anglo-saxons. Nous trouvant plus que jamais dans « une civilisation de l’image », cette situation compromet en profondeur notre souveraineté nationale au plan de l’information.

Production

. La production photographique française, qui faisait l’admiration et l’envie du monde entier, s’est effectivement effondrée entre 2000 et 2010. Au cours de cette période les agences françaises dotées d’un savoir-faire très polyvalent, puisqu’elles traitaient tout à la fois l’actualité nationale et internationale, la vie culturelle, scientifique et sportive de notre pays ainsi que des sujets de société plus pérennes, en France comme à l’étranger, ont été confrontées à une OPA concertée mais discrète des sociétés américaines d’informatique, agressives et maîtrisant mieux l’outil numérique.

Contrôle

. « Qui contrôle les images contrôle les esprits », déclarait Bill Gates au journal Le Monde en 1999. « La propriété intellectuelle sera le pétrole du XXIsiècle », affirmait de son côté Mark Getty à The Economist en août 2000. Leurs sociétés (Corbis pour B. Gates et Getty Images pour M. Getty), misant sur la croissance phénoménale du nombre d’internautes et sur la présence exponentielle de la photographie sur internet, ont initié dans la deuxième moitié des années 1990 une politique de vente des photographies basée sur le volume au détriment des prix de production réels.

Microstocks

. Les agences françaises n’ont pu, ni su résister à cet effondrement des prix bénéficiant en premier lieu aux éditeurs de presse quotidienne et magazine, heureux de faire des économies sur leurs coûts de production « print » et « net ». Mais il ne s’agit pas que de la presse. Les prix de vente des photographies ayant été divisés par 7 en 10 ans, tous les autres secteurs consommateurs de photographies ont suivis. Des banques d’images numériques, dites microstocks, généralement domiciliées aux USA pour échapper à la fiscalité européenne ainsi qu’aux principes du droit d’auteur prévalant sur le continent, se présentant comme simples « hébergeurs », s’alimentant sur un second marché d’amateurs, de semi-professionnels et de professionnels qui « upload» gratuitement leurs photographies sur ces microstocks, se sont engouffrés dans cette brèche, vendant des millions d’images dites « libres de droits » et sans limite d’utilisation, à des prix inférieurs à 1 €. Conséquence, la presse mais aussi nos institutions gouvernementales achètent de plus en plus d’images à ce second marché irrespectueux des lois et facteur de concurrence déloyale.

Indépendance

. Les agences françaises, leur capacité de production rapidement asséchée par cette double concurrence, ont fermé. Leurs fonds considérables, notamment ceux de Gamma, Sygma, Rapho, Keystone, ont été rachetés par Getty Imagesou Corbis ou bien, dernière étape avant rachat, sont distribués, comme la production de Paris Match l’est depuis peu par Getty Images, qui distribue aussi les images de l’AFP, pourtant financée à 40 % par l’argent du contribuable afin d’en garantir l’indépendance nationale. Indépendance d’autant plus menacée que Getty Images vient d’être à son tour racheté pour 3,3 milliards de dollars par Carlyle, premier fonds d’investissement américain. L’agence Sipa, elle, est en règlement judiciaire.

Désaffection

. Perdant de plus en plus de lecteurs « print » et ne sachant pas encore gagner assez avec leurs sites d’information sur internet, les journaux et les magazines ont cessé d’envoyer en commande des photographes avec leurs journalistes et sont devenus diffuseurs plutôt que producteurs d’information. Cette mutation a pour conséquence, d’une part, un nivellement du traitement de l’information, un appauvrissement de la qualité et de la diversité visuelle, chaque titre perdant sa spécificité, l’« angle » qui lui était propre, ce qui est une des causes de la désaffection des lecteurs qui, de plus, retrouvent souvent dans leurs journaux des images déjà vues sur internet.

Producteurs et créateurs de contenus

. D’autre part, cet arrêt des commandes oblige les photographes à devoir prendre en charge eux-mêmes leurs frais de reportage, donc à produire ces reportages en « spéculation » et, pour ce faire, à devoir trouver d’autres sources de financement que les journaux. Ils cherchent à vendre leurs oeuvres en galerie, à les publier dans des livres, des festivals, à travailler pour la communication des entreprises (« corporate »), les institutions, les télévisions, etc. Les photographes sont donc devenus, au plan pratique, multimédia, et au plan journalistique, producteurs et créateurs de contenus à l’instar des documentaristes qui, eux, peuvent obtenir une avance sur recette du CNC, alors que les photographes ne peuvent se tourner vers aucune instance. Ils sont aussi devenus post producteurs puisque le traitement et le développement numérique de leurs images après prise de vue leur échoient.

Carte de presse

. Un effet pervers de cette diversification obligée de leurs activités, c’est que les photographes journalistes perdent rapidement leur carte de presse. En effet, les piges salariées, indispensables à l’attribution de la carte professionnelle, ne représentent plus une part assez grande de leurs revenus. Qu’un photographe reporter, même chevronné, se consacre pendant un an ou deux à produire un livre ou un film, même à caractère journalistique, et c’en est fait de sa carte de presse. Travailler en spéculation, à des fins rédactionnelles devient alors hasardeux. Les conditions actuelles d’attribution de la carte de presse pour les photographes constituent une entrave à la liberté de la presse et cette carte est aujourd’hui – de facto – une carte des salariés de la presse. Ce qui semble d’ailleurs constituer une situation contestable au regard du droit européen en matière de liberté de l’information.

Solidarité nationale

. Enfin, tout en étant payés en droits d’auteur par les éditeurs ou par les galeries, les photographes atteignent rarement le quota annuel réclamé par l’Agessa pour devenir membre de cet organisme qui prélève néanmoins 9 % de leurs droits à la source, cotisation faite alors à fonds perdus. Il en va de même quand ils réalisent parfois un webdoc ou un documentaire pour la télévision. Ils seront alors payés (pour partie) en salaire sur lequel les Assedic du spectacle prélèveront leur dû sans que les intéressés puissent pour autant se revendiquer de cette caisse puisqu’ils n’atteindront jamais les 120 heures annuelles de salaire réalisateur nécessaires. Pas droit au chômage non plus puisque leurs piges ne comportent ni date d’engagement ni date de licenciement. La profession de photographe a donc l’obligation de contribuer à la solidarité nationale sans avoir le droit d’en bénéficier.

Exception culturelle

. Notre production photographique est exsangue et si nous ne réagissons pas, notre presse, ses sites d’information, nos éditeurs, etc. ne seront bientôt plus alimentés que par deux ou trois gros tuyaux anglo-saxons. Il en va de notre souveraineté nationale en matière d’information et de patrimoine, souveraineté sans laquelle parler d’exception culturelle (Acte 2) deviendrait une gageure.

Les solutions

Aides à la presse

. Dans le cadre de la révision imminente des conditions d’attribution des aides à la presse et de la distribution de la manne Google, quotidiens et magazines devraient, pour en bénéficier, s’engager à dédier un pourcentage de ces aides à des commandes photographiques auprès des agences coopératives, des collectifs de photographes et des indépendants. La DGMIC lors de nos rencontres s’est montré franchement négative à l’égard de cette proposition sans véritablement chercher à comprendre ce qui la motive. Or, d’une part la radio a bien un quota de diffusion de chansons françaises et européennes à respecter et la télévision un quota de production de documentaires de création à produire. D’autre part, dédier à la photographie un pourcentage des aides à la presse est une mesure d’investissement prioritaire pour relancer la production photographique dans notre pays tout en améliorant la qualité de la presse donc sa diffusion ce qui est un des buts de DGMIC. Lacordaire l’a dit au milieu du XIXsiècle, « entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui protège ». Notre politique culturelle est fondée sur ce principe. Les éléments de législation et de régulation permettent de faire en sorte que l’oeuvre photographique et l’information ne soient pas traitées comme de simples marchandises.

Les conditions d’attribution de la carte de presse doivent être modifiées pour les journalistes professionnels non salariés afin qu’ils puissent en bénéficier. Plus simple encore pour ces non salariés de la presse et comme cela se pratique d’ailleurs dans de nombreux pays européens et en Amérique du nord, les quotidiens, les magazines d’information et les associations professionnelles pourraient être habilitées à confier ponctuellement ou de façon permanente leur propre carte de presse (sans attachés fiscaux) reconnue par les pouvoirs publics. Cette mesure, purement structurelle et non coûteuse, est la première à prendre pour libérer les énergies nombreuses et le savoir-faire existant encore dans notre pays en matière d’information. (Il est à noter que la SCAM a fait une proposition similaire à la mission Lescure).

CNP

. À la disparition des grandes agences, à la suprématie d’internet, s’est ajouté la disparition du Centre national de la photographie. Il est urgent de le ressusciter afin de sauver notre production photographique, ce qui stimulera notre presse, comme le CNC a sauvé notre cinéma et stimulé la télévision. Son financement est réalisable via les principaux acteurs du marché éditant ou diffusant de la photographie qui sont pléthore. Presse, télévision, opérateurs téléphoniques, publicitaires, éditeurs, etc. L’assiette est large, la taxe serait extrêmement faible, l’audience parfaitement mesurable et le retour en terme de production, bénéfique aux contributeurs de la taxe. Cette capacité permettrait au CNP de contribuer à la production de travaux photographiques à caractère plus documentaires, plus longs dans le temps que ceux relevant de l’actualité pure, mais aussi à stimuler les nouvelles formes d’utilisation de la photographie induites par les tablettes et les smartphones, à relancer la constitution de notre patrimoine photographique et à l’inventorier (proposition très voisine de celle de la SCAM à la mission Lescure). Il s’agit aussi d’organiser les initiatives louables des différentes sociétés d’auteur et organismes professionnels, permettre l’adoption dans les métadonnées de paramètres juridiques et tarifaires compatibles au plan international et de les faire respecter, ce qui, sans une plateforme dotée d’une autorité, demeure un combat en ordre dispersé voué à l’échec.

Régime social des auteurs multimédia.

Comment éviter que les auteurs multimédia que sont devenus les photographes professionnels ne cotisent à fonds perdus dans diverses caisses sociales dont ils n’atteignent que très rarement les revenus requis dans chaque domaine pour admission ? Une caisse ayant le pouvoir de regrouper les prélèvements variés et divers d’un même auteur à ces diverses caisses, afin de les regrouper, n’est pas utopique. Ce serait aussi au CNP d’organiser la consultation et l’articulation nécessaire entre les divers organismes sociaux.

Microstocks.

Le conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, d’une part, et la mission Lescure, d’autre part, étudient les incompatibilités des pratiques commerciales des microstocks avec le code de la propriété intellectuelle et les règles du marché. Leurs conclusions ouvriront des pistes. Quoi qu’il en soit, le rappel à l’ordre de ces microstocks, diffuseurs se prétendant simples hébergeurs, est une proposition qui fait l’unanimité (SCAM, SAIF, UPP, etc.). Un jugement de la cour de cassation à l’encontre de Fotolia qualifie bien cette société de diffuseur et non d’hébergeur faisant ainsi jurisprudence en la matière. Dans ce cadre, l’annulation de l’attribution du label « Pure player » par la Hadopi à Fotolia semblerait logique. Il serait bienvenu que nos institutions gouvernementales et administratives cessent de cautionner les pratiques questionnables de ces microstocks en s’approvisionnant auprès d’eux comme elles le font de plus en plus fréquemment.

Prise de conscience.

Légiférer ne suffira pas. Le fait que la mission Lescure a inclus la photographie dans sa réflexion constitue une première et provoque un immense espoir. Mais en l’absence de « majors » photographiques en France il revient à l’État de provoquer une prise de conscience qui fait encore défaut, et d’organiser autour de ses orientations une consultation sur leur mise en oeuvre avec l’ensemble des partenaires en convoquant les états généraux de la photographie réunissant autour d’une table les producteurs, les diffuseurs de photographies et leurs organisations professionnelles avec les consommateurs de photographies que sont la presse, les éditeurs et les institutions gouvernementales et administratives. Il en va de beaucoup plus que du maigre « marché de la photo », apparemment plus petit dénominateur commun de la presse mais seulement en apparence. En 1839 François Arago, illustre savant et homme politique qui fit acquérir par l’État français le procédé de Daguerre « afin d’en doter libéralement le monde entier », créait une nouvelle unité planétaire, le plus puissant vecteur d’information et de démocratie populaire qui soit. S’il existe un idéal caractérisant plus que tout autre l’exception culturelle régulièrement invoquée par nos gouvernants c’est bien celui là, car il est tout à la fois politique et artistique. Récemment encore notre pays était sans conteste la capitale mondiale de la photographie. Abandonner l’ambition de retrouver cette place serait une erreur aux conséquences médiatiques et politiques encore incalculables.

Thierry Secretan

Secrétaire général

Image en une: buste en marbre de François ARAGO à l’Observatoire de Paris. Oeuvre de Hyacinthe Philéas Sobre.